Genoveva (Gina) Villagran Leonardo

En janvier 1987, par une journée glaciale d’hiver, Gina arrive au Québec. Elle a quitté son pays natal, le Guatemala, dans l’espoir d’entreprendre une vie meilleure. La jeune femme de 23 ans est heureuse, car elle sait maintenant que l’avenir lui sourit. Gina entreprend une formation professionnelle. Elle a trois enfants dont elle est fière. En tant qu’infirmière auxiliaire, elle se trouve un emploi qu’elle adore. En 2006, elle est impliquée dans un accident de travail duquel elle ressort blessée, tant physiquement que psychologiquement. Elle reçoit un diagnostic de trouble de stress post-traumatique et est déclarée inapte à travailler. Gina perd ses repères. Son emploi la valorisait et elle veut continuer de se sentir utile. S’ensuit une longue période d’isolement et de tristesse. Elle ne s’occupe plus de ses enfants de façon adéquate. Sans espoir, elle a des pensées suicidaires. Sa grande fille brise le silence et réclame de l’aide auprès d’un professionnel. Devant Gina, elle lance un cri du cœur : « Je n’ai plus de maman. La mienne est morte depuis l’accident. »

Cette phrase-choc reste gravée dans la mémoire de Gina. Grâce à sa fille, elle s’est alors efforcée de renaître, en quelque sorte. Un séjour de trois mois à l’hôpital lui a permis de recouvrer une meilleure santé mentale. Durant cette période, elle a rebâti son estime personnelle et pris conscience de son plein potentiel, malgré ses limites. Elle a aussi côtoyé des personnes qui, de son point de vue, traversaient des épreuves encore plus difficiles que la sienne. Cela a eu pour effet de convaincre Gina qu’elle avait la force de surmonter les épreuves qui se présentaient à elle et qu’elle en ressortirait plus forte. En raison de ses enjeux personnels, elle a dû revoir sa façon d’aborder la vie. Gina est tout de même parvenue à trouver de nouveaux moyens de se valoriser en aidant des gens dans le besoin. Désormais, elle n’a plus peur d’être entourée de gens et elle participe même à des groupes de discussion destinés aux personnes d’origine latino-américaine. Elle est membre d’un groupe de personnes ayant été victimes d’agression, dans le cadre duquel elle aide des femmes à s’adapter et à avoir confiance en elles. Elle a rencontré enfin la petite fille à l’intérieur d’elle-même pour faire la paix avec les évènements traumatiques de son parcours de vie et a entrepris des démarches de thérapie pour les victimes de violence conjugale. Gina continue d’avancer dans la vie, pourvue du désir d’aider d’autres personnes qui ont vécu des histoires semblables à la sienne.