Jean-Pierre Langevin

Le fils de Jean-Pierre, Philippe, est à l’université lorsqu’il présente ses premiers signes de schizophrénie. Le jeune homme engagé et brillant pour qui tout réussit s’isole peu à peu. Le rayon de soleil de la maison qu’il incarne s’affadit. Les parents croient que le plus jeune de leurs trois enfants traverse, sur le tard, sa crise d’adolescence. Les mois passent et son mode de vie change. Philippe dort le jour et demeure éveillé la nuit. Il entretient un discours décousu, bientôt teinté de paranoïa. On l’espionne, le suit, lui envoie des messages. Jean-Pierre et son épouse concèdent qu’il y a un vrai problème, mais Philippe n’est pas en mesure de le reconnaître. Les parents refusent de rester les bras croisés et montent un rapport étoffé sur leur fils, qu’ils apportent à un psychiatre. Ce dernier reconnaît qu’il semble y avoir un enjeu de santé mentale, mais il doit voir le patient pour entreprendre une quelconque démarche. Le couple tente de convaincre Philippe, mais en vain. Son état se détériore et il faut agir. Dans un geste d’amour absolu, ils font une demande d’ordonnance d’examen psychiatrique pour leur fils. C’est la police qui vient chercher Philippe, pour qu’il se fasse soigner. Jean-Pierre et son épouse savent que c’était la bonne chose à faire, mais ils éprouvent un profond sentiment de trahison envers leur benjamin. Ce qu’ils ne savent pas encore, c’est qu’ils devront entreprendre cette démarche à quatre reprises pour que leur enfant parvienne à se reprendre en main. La route que Philippe a empruntée depuis l’université a dévié de sa trajectoire initiale. Aujourd’hui, il mène malgré tout une vie bien à lui. Jean-Pierre, de son côté, affirme être devenu un meilleur humain grâce à son fils.

Durant les 25 dernières années, Jean-Pierre s’est engagé corps et âme pour la grande cause de la santé mentale. Par amour pour Philippe, il a entrepris un long pèlerinage durant lequel il s’est activé à déboulonner les idées préconçues et les préjugés. En tant qu’ancien policier à la Sûreté du Québec, il a partage son expérience personnelle avec d’autres policiers afin de leur rappeler que derrière un enjeu de santé mentale se trouve un être humain qui a droit au respect. Par solidarité à l’égard des proches qui soutiennent les personnes qui ont une maladie mentale, Jean-Pierre a mené également des actions visant à s’assurer qu’ils puissent garder le cap avec sérénité. Grâce à lui, un service de soutien téléphonique disponible 24 heures par jour, offert par La Boussole, a ainsi été créé. Après tant d’années d’implication, Jean-Pierre s’éloigne doucement de l’action pour permettre à d’autres de se faire entendre et de faire progresser la Cause. Cependant, depuis mars 2020, avec l’avènement de la COVID-19 et des besoins d’aide grandissants, il est revenu bénévole au service soutien téléphonique 24/7 afin d’aider à sa manière en ces temps difficiles. Il a toujours comme rêve ultime que la démarche d’ordonnance d’examen psychiatrique soit humanisée, pour que les proches puissent venir en aide à leurs enfants sans toujours éprouver un terrible sentiment de désarroi, de peine et de culpabilité.