Kieran B. Drachenberg

C’est vers l’âge de dix ans que Kieran ressent les premiers symptômes de sa dépression. Déjà aux faits de certains enjeux de santé mentale, en raison du trouble de bipolarité de sa mère, il sait qu’il n’était pas normal de se sentir constamment triste et fatigué, ni de vouloir mettre fin à ses jours. Ce qu’il ne sait pas, par contre, c’est comment en parler. Au fil des ans, la dépression engendre des effets physiques chez lui et c’est pour cette raison que Kieran obtient un rendez-vous auprès de son médecin de famille. Après avoir décrit sa migraine et ses douleurs articulaires, il profite d’un moment seul avec le médecin pour se confier sur ses idées noires. Il est alors référé à un spécialiste qui lui diagnostique une dépression ainsi qu’un trouble d’anxiété généralisée. Le seul fait de pouvoir mettre des mots sur son état et ses symptômes le soulage, mais Kieran continue de souffrir plus qu’il ne le laisse entendre. Il a peur des symptômes « étranges, bizarres et effrayants », y compris l’amnésie, qu’il ne peut ni expliquer ni aborder. Il faudra toutefois du temps à Kieran pour parvenir à se sortir la tête de l’eau. Pour y arriver, il pourra compter sur la présence inconditionnelle de sa famille, de ses amis et sur une équipe de professionnels de confiance.

Récemment, Kieran a souffert d’une psychose qui l’empêchait de faire la différence entre la réalité et les pensées dans son esprit. Ayant souffert de psychose dans sa jeunesse, Kieran savait que ses symptômes étaient impossibles à gérer seul et il a demandé de l’aide, séjournant à l’hôpital pendant plusieurs jours. On lui diagnostique des comportements de troubles de l’alimentation atypiques et un trouble dissociatif de l’identité (TDI). Ces nouveaux diagnostics changent l’expérience de Kieran et il estime qu’il existe encore beaucoup de stigmatisation intériorisée liée au TDI, qui peut entraver la capacité des gens à obtenir de l’aide. Il n’a pas honte de parler de ses problèmes. Il espère qu’en partageant son histoire, il pourra aider à créer un monde sans stigmatisation, où les gens pourront obtenir de l’aide immédiatement et n’auront pas à attendre un diagnostic.

Kieran est fier du chemin qu’il a parcouru. Bien qu’il doive encore faire face quotidiennement aux effets de sa maladie, il peut affirmer qu’il est à une bien meilleure place dans sa tête et dans son corps qu’il ne l’était auparavant. Kieran juge que sa maladie fait partie de lui. À cause d’elle, il a dû vieillir prématurément, mais il a aussi développé de grandes qualités humaines, telles que la compassion, l’empathie et la volonté d’aider les autres. Ses luttes ont stimulé son travail de sensibilisation, qui est aujourd’hui sa principale priorité. En posant des gestes concrets, Kieran s’efforce de contribuer à faire du monde un meilleur endroit pour les personnes atteintes de maladie mentale, tout en aidant sa propre santé mentale et son estime de soi.

En 2019, le travail de sensibilisation de Kieran l’a amené à Brisbane, en Australie, où il a été le co-organisateur jeunesse de la conférence de l’Association internationale pour la santé mentale des jeunes, à laquelle ont assisté plus de 600 jeunes et adultes.Par ce travail, son objectif était d’encourager les voix des autochtones, de la communauté LGBTQ, des personnes handicapées et des personnes atteintes de troubles hautement stigmatisés (plus graves).