Souad Saidj

En 2010, Souad atterri au Québec avec son mari et ses deux enfants. À peine installés, son conjoint doit retourner en Algérie, devant ainsi laisser les membres de sa famille dans leur pays d’adoption. Souad se retrouve seule, avec des enfants de huit et dix ans à charge, sans repères ni travail. Elle a peur et ne sait pas quoi faire. Elle a l’impression d’avoir les mains liées, ce qui lui procure beaucoup de stress et d’angoisse. Elle ne se reconnaît plus. Trois mois s’écoulent et Souad va voir un médecin. Il s’agit d’une dépression. Bien que la maladie mentale soit taboue dans sa culture d’origine, elle est soulagée de pouvoir mettre un mot sur ce qu’elle ressent. La médication qu’elle reçoit ne l’aide pas à prendre du mieux et Souad pleure beaucoup. Des recherches sur Internet la conduisent au CLSC où elle rencontre une travailleuse sociale qui l’aide à mieux comprendre ses enjeux et à trouver des mécanismes qui pourraient l’apaiser. Se savoir écoutée est un bon départ pour le recouvrement de Souad. Elle n’est évidemment pas au meilleur de sa forme, mais sent qu’elle a fait du progrès.

Les enfants de Souad ressentent de la culpabilité face à sa dépression. On lui parle alors de la Clinique pédiatrique transculturelle, dont l’objectif est de donner la parole aux enfants venus d’ailleurs, ainsi qu’à leur famille, dans une démarche psychothérapeutique. Une équipe multidisciplinaire rencontre donc occasionnellement la mère et ses enfants afin de mieux leur expliquer la maladie et ses effets. La famille est soulagée et Souad reçoit désormais de l’encouragement de la part des siens. Elle participe à quelques formations qui l’amènent à être plus active et à se prouver qu’elle ne se définit pas seulement par sa maladie. En 2014, elle attend un troisième enfant et cet heureux événement est une grande source de bonheur pour Souad. La naissance de son bébé détourne ses pensées sombres. Avec le précieux soutien de sa famille, elle se sent de mieux en mieux. Sa médication lui permet également de préserver un meilleur équilibre mental. Depuis quelques temps, Souad est retournée aux études, elle est en harmonie avec elle-même, elle avance et elle est heureuse. De plus, depuis janvier dernier, donc en 2020, son mari a pu finalement la rejoindre et depuis, Souad a pu finalement, après dix ans d’attente, vivre normalement comme tous les couples qui s’aiment.